[Focus] Diagnostic de l’effectif du Sénégal : Des joueurs en fin de cycle ?

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Parfaitement débutée, la CAN 2023 s’est finalement arrêtée dès les huitièmes de finale pour le Sénégal. Battus par la Côte d’Ivoire, les Lions enregistrent leur pire bilan à la CAN ces 6 dernières années, après deux finales consécutives dont une victoire. Dans un effectif entre maturité et jeunesse, la gestion sera très importante pour les échéances à venir. La prochaine arrive dès juin 2025 avec la CAN au Maroc et dans deux ans avec la Coupe du monde coorganisée par les Etats-Unis, le Mexique et le Canada.

Lamine Camara, Pape Matar Sarr, Pape Gueye, Iliman Ndiaye, Moussa Niakhaté, Krépin Diatta… l’équipe du Sénégal regorge de jeunes talents avec le potentiel d’être parmi les meilleurs au monde. A côté, il y a les grognards, Sadio Mané, Idrissa Gueye, Koulibaly… qui continuent de montrer la voie à leurs jeunes frères. Mais pas loin, il y a également les catégories inférieures qui vont commencer à toquer à la porte de l’équipe nationale. Amara Diouf, Yaya Diémé, Mamadou Lamine Camara, Mamadou Sané sont autant de joueurs qui ont fait leurs preuves dans les jeunes catégories et qui, durant les prochains mois, pourraient venir accompagner les stars de l’équipe A.

Entre ces 3 générations très talentueuses, le management sera important. Doit-on commencer dès maintenant à préparer cette future génération dans l’optique de la CAN 2025 au Maroc et la Coupe du monde 2026 en Amérique ? Selon le journaliste et analyste sportif Mohamed Ghandour, contacté par Seneweb, le plus important sera de trouver le bon mix entre jeunesse et expérience.

Mohamed Ghandour : « Il faut trouver la bonne combinaison entre jeunesse et expérience »

« Le match face à la Côte d’Ivoire résume très bien la situation. Lamine Camara, j’ai été le premier à l’aduler, j’ai dit qu’il avait réalisé une prestation zidanesque avec son doublé (face à la Gambie), comme pour la première de Zidane face à la Tchécoslovaquie. Mais face à la Côte d’Ivoire, il lui a manqué cette expérience et je pense que si Aliou Cissé avait accompagné Pape Matar Sarr et Lamine Camara avec un cadre expérimenté comme Nampalys ou Gana Guèye, ils auraient été beaucoup plus performants. Donc, ce match face à la Côte d’Ivoire répond à la question. Il faut des jeunes oui, mais ils doivent être accompagnés par les cadres. Il faut intégrer de jeunes joueurs, mais à côté des cadres. Il faut trouver le bon mix pour faire cohabiter les deux et c’est au sélectionneur et à son staff de trouver la bonne combinaison. Ce n’est pas le bon moment pour faire des changements radicaux », a déclaré Ghandour.

Pour Abdou Karim Mané, entraîneur sénégalais et consultant, le Sénégal doit penser aux prochaines échéances certes, mais avec l’effectif qu’il a actuellement. Pour lui, pas besoin de rajeunir encore l’équipe car les cadres apportent beaucoup et peuvent encore apporter dans un futur proche. « Je pense que les habituels cadres comme Idrissa Gana Gueye, Cheikhou Kouyaté, Sadio Mané et Kalidou Koulibaly peuvent encore apporter à l’équipe nationale du Sénégal. Je pense qu’il faut garder le même effectif au moins d’ici deux ans pour la prochaine CAN et tenter d’aller reconquérir le titre. Ils peuvent encore apporter beaucoup de choses et continuer à montrer le bon chemin aux jeunes de l’équipe. Il n’est pas nécessaire d’apporter de gros changements dans cette équipe car la qualité est là. On a l’une des meilleures équipes d’Afrique, donc maintenons ce que nous avons pour les prochaines compétitions », dit-il.

Cheikh Sidy Ba : « Il y a des joueurs qui ont fait leur temps »

Pour Cheikh Sidy Ba, ancien international sénégalais aujourd’hui consultant, un rajeunissement de l’effectif semble inévitable, même s’il faut continuer à s’appuyer sur des cadres actuels. Pour lui, le plus important est de permettre à de jeunes joueurs de se familiariser avec le haut niveau lors des prochains mois pour qu’ils soient au top d’ici la CAN au Maroc. « Il faut forcément passer par un rajeunissement. Il y a des joueurs qui ont fait leur temps. Il faudra incorporer des talents pour qu’ils aient de l’expérience et du vécu pour préparer les prochaines échéances, notamment la CAN. Mais il faut le faire lentement, pas brusquement. Sinon, ce sera comme recommencer à zéro. Il y a des cadres qui ont encore un rôle important à jouer. Ils vont guider les jeunes et ensuite leur laisser le flambeau, mais il y aura toujours des cadres pour accompagner les jeunes », analyse-t-il.
Lors de la prochaine CAN, qui aura lieu non en janvier mais en juin 2025, Idrissa Gana Gueye aura presque 36 ans, Cheikhou Kouyaté également, tandis que Koulibaly aura 34 ans. Mais pour le journaliste sportif Babacar Ndaw Faye, l’âge n’est qu’un chiffre. Il faudra évaluer leur compétitivité.

« L’âge n’est pas un souci. Le meilleur buteur de cette CAN a 35 ans (Emilio Nsué, NDLR). Il appartiendra au staff qui sera là pour la prochaine échéance d’apprécier le niveau et la motivation de chaque joueur. Personnellement, je ne crois pas que les cadres les plus expérimentés aient été le principal souci durant cette CAN. Je les ai vus très positifs, je les ai sentis très disponibles pour accompagner les plus jeunes. Et chaque fois qu’ils ont été sollicités, ils ont pour l’essentiel été très précieux. Gana Guèye par exemple a fait des entrées de jeu toujours importantes et sur le dernier match, je pense même qu’il aurait dû entrer en jeu beaucoup plus tôt. À la Coupe du monde, on a perdu le match que les « anciens » Gana, Kouyaté et Sadio n’ont pas joué.Tant qu’ils peuvent encore accompagner la transition qui s’opère plutôt bien jusqu’ici, il ne faudrait pas se priver d’eux même si leur temps de jeu va certainement se réduire de plus en plus », avance t-il.

Mouhamed Diallo : « L’âge n’est pas très important »

Un avis partagé par Mouhamed Diallo, journaliste sportif à Onzed’Afrik. Même s’il pense qu’il est important de penser à la nouvelle génération de joueurs sénégalais, il conseille de le faire prudemment, surtout en compagnie des habituels cadres. « Pour moi, l’âge n’est pas très important. Il y a en plus des joueurs qui sont à leur “prime” quand ils commencent à prendre de l’âge. L’exemple le plus patent est Luka Modric. Dans une équipe, la maturité est très importante. Et aussi, une transition ne doit pas se faire à la hâte. Il faut la faire doucement, en compagnie des cadres, pour permettre aux jeunes de s’intégrer parfaitement. Sinon ils risquent de brûler les étapes et cela conduira sans aucun doute à un échec. Le Sénégal compte des jeunes très talentueux, mais il est important de composer une équipe avec ce mix de jeunes et de joueurs à maturité », estime-t-il. Un avis qui rejoint ceux de Mohamed Ghandour et Cheikh Sidy Ba.

Cependant, pour le journaliste Mouhamed Diallo, il y a un poste qui pourrait connaître une révolution : celui du troisième gardien de but. « Pour les gardiens, non plus, je pense que l’âge ne compte pas, surtout qu’ils ont d’habitude plus de longévité. Mais je pense qu’aujourd’hui, le sélectionneur doit faire du poste de 3e gardien une politique pour la jeunesse ou pour le championnat local. Pas besoin de confier ce poste à des joueurs en Europe comme Alfred Gomis, qui ne joue quasiment pas en club. On peut faire de telle sorte que le meilleur gardien du championnat local occupe ce poste, pour permettre à un local d’avoir une place constamment dans l’équipe nationale. A défaut, on peut confier ce poste à un des sénégalais qui performent dans les jeunes catégories comme Pape Sy, vainqueur du CHAN », conseille-t-il.

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